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Autopublication et parcours atypiques chez les auteur.ice.s de romantasy

  • Writer: M. B.
    M. B.
  • Jan 15
  • 4 min read

Updated: 3 days ago

"Et quand je l’aurai libérée, je l’embrasserai jusqu’à en perdre haleine, puis je la contemplerai détruire le monde." extrait de La Symphonie des damnés


Eye-level view of a mystical forest with glowing flowers
des autrices auto-publiées lucides quant à la chaîne du livre



Ce 21 novembre 2025 était le jour de sortie du deuxième et ultime tome de la série Les voix du destin de Megära Nolhan, autrice indépendante de romantasy. Elle publie un livre tous les six mois environ depuis qu’elle est passée à son compte en 2021, après une expérience décevante dans une petite maison d’édition. Aujourd’hui, elle vit de sa plume. Son livre le plus connu est Fae-moi t’aimer. C’est l’occasion pour nous de revenir sur la place qu'occupent ces autrices au sein du paysage éditorial.

Rappelons tout d’abord que la romantasy est très majoritairement écrite et lue par des femmes. Celles-ci constituent un public fidèle; elles lisent beaucoup et rapidement, ce qui implique un cycle de production et de consommation rapide. Un tel fonctionnement est généralement mal vu : il est en décalage avec la logique auteuriste de la littérature française, qui se structure autour de prix littéraires qui vendent (Goncourt, Renaudot, Lycéens…). Les éditeurs voient en la romantasy une stratégie de publication sûre et rémunératrice. Pour augmenter leur chiffre d'affaires, ils peuvent détourner des autrices de leur genre de prédilection pour les encourager à se lancer en romantasy, classifier plus facilement des livres au sein de ce genre, ainsi que privilégier la quantité de publication plutôt que sa qualité. Ada Vivalda explique ainsi que, pour publier son premier roman en romantasy chez Gallimard (Olympe), elle a “dû écrire beaucoup plus vite et avec une deadline plus serrée”.


Le genre hérite des codes de l’écriture web, puisqu’on y exploite les tropes de plateformes telles que Archive Of Our Own. Il s’est construit parallèlement au boom de l’auto-publication, porté par des plateformes telles que Kindl Direct Publishing, qui permettent aux autrices de toucher jusqu'à 70% du prix de vente de leur livre. En s’extrayant des impératifs posés par les maisons d’édition, les autrices peuvent regagner le contrôle sur leur œuvre, comme l'explicite le tableau ci-dessous :



Avantage de l’auto-publication

Avantage de la maison d’édition

Facteurs de décision menant à une publication hybride

Apports possible d’une coopération en bibliothèque

Maîtrise de la forme de l’objet livre (couverture,  titre, jaspage, dorures, résumé, mots clés…)

Gain de temps  et d’énergie permettant à l’auteur de se concentrer sur l’écriture

Taille de la maison d’édition au niveau national

Développement d’une activité d’accompagnement à l’écriture créative (les autrices n’ont plus le temps de s’en occuper une fois connues)

Choix  des formats annexes disponibles (livre audio,  collector) et des prix de vente

Accès à un autre public via le réseau de distribution en librairie et force de frappe promotionnelle

priorité donnée à l’œuvre au sein de la stratégie de publication de la maison d’édition

Diversification des fonds pour la bibliothèque et accès à un autre public  pour les autrices

Liberté d’expérimentation

Participation aux salons, dédicaces  et rencontres

Possibilité de sélectionner les formats à déléguer (format poche par exemple)

Création d’un lieu de rencontre physique et sécurisé permettant aux jeunes auteurs et lecteurs d’échanger et d’expérimenter

Liberté de choix des collaborateurs (correcteurs,…)

Accès aux agents permettant une exploitation à l’international

Capacité réelle à fournir une correction professionnelle et à fournir les services listés à gauche sans perte de qualité du produit final

Etablir un dialogue avec un usager dont les connaissances sont pointues dans un domaine où le professionnel n’est pas expert

Facteurs explicatifs du choix du mode de publication selon les autrices de romantasy : les trois premières colonnes synthétisent les propos tenus en podcast (voir l'encart "aller plus loin"), la quatrième est conçue par nos soins.


Ce faisant, les autrices deviennent de véritables entrepreneuses, développant une conscience aiguë des rouages de la chaîne du livre ainsi que de leur image sur les réseaux. Pourtant, l’opinion populaire voit souvent en elles des jeunes fans ayant décidé sur un coup de tête de publier leurs fanfictions sans retour professionnel, le tout donnant un écrit où perdurent les fautes d’orthographe, de syntaxe, de rythme et de goût. L’autoédition constitue pourtant aujourd’hui près 30% du dépôt légal à la Bibliothèque Nationale de France, et certaines œuvres auto-publiées en romantasy sont devenues des best-sellers (Quicksilver, Zodiac Academy, Le Sang et la cendre…). Jennifer Armentrout, autrice de ce-dernier, voit dans l’autoédition un espace permettant davantage d’expérimentation. Une fois installées à leur compte, les autrices voient peu de raisons de retourner à un système de publication traditionnel. Megära Nolhan privilégie plutôt un modèle hybride, lui permettant l’exclusivité sur certains supports, tout en en déléguant d’autres à la maison d’édition.



La romantasy perturbe donc la structure du marché professionnel, notamment par la proportion d'œuvres auto-publiées en son sein. Il existe en France une rhétorique qui minimise le boom des ventes en new romance et romantasy en le subordonnant à l’impact des ventes du pass culture. Cependant, ce phénomène littéraire “perturbateur” n’est pas une exclusivité française, puisqu’il vient également rebattre les cartes à l'international ; de la répartition des espaces de promotion au sein des librairies outre-manche, entre les maisons d’éditions anciennes et nouvelles aux États-Unis (Fourth Wing étant le premier livre publié par Entangled Publishing), et est le fait de vives controverses allemandes entre les critiques Gerahrd Lauer et Jan Wiele, qui sont venues remuer jusqu’à la Foire du livre de Frankfurt 2025, plus grande foire mondiale dans le domaine de l'édition.



Pour aller plus loin:



Les références du livre:

NOLHAN Megära. La Symphonie des damnés. Paris : Eskys Éditions, 2025, 462 p.

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