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À travers le territoire français, l’émergence des sanctuaires de la romantasy

  • Writer: Houda B.
    Houda B.
  • 6 hours ago
  • 3 min read


Eye-level view of a mystical forest with glowing flowers
Les étagères regorgent de romances et d’univers fantastiques, comme à la librairie Dialogues (Brest). Dans le rayon "nouveauté jeune adulte 16+" on retrouve Sarah J. Maas, Prince Cruel, ou encore Twilight... © Romantasy Corner


Il y a 5 ans, lire de la romance ou de la fantasy se vivait en ligne (Wattpad, forums…). Acheter un livre pouvait se faire à la volée, en traversant une gare par exemple. Ni vu, ni connu. Se renseigner en bibliothèque était un parcours du combattant à travers les rayons adultes, young adult, érotique, fantasy, littérature anglophone… et pour les professionnels les plus créatifs, la mise en place d’un présentoir « Sélection BookTok ». Aujourd’hui, on assiste à une révolution : développement des librairies spécialisées, réorganisation des bibliothèques... Comment ce genre, que l'on nomme désormais romantasy, est-il passé de l'ombre au statut de moteur économique et social, bousculant sur son passage rayons et normes de classification?


La France sous le charme de la romantasy


Fin 2025, l’inauguration de « Gibert Romance » à Paris marque un tournant : la transformation d’une boutique historique en temple consacré au genre de la romantasy. N’est-ce pas là la preuve tangible d’un phénomène fulgurant ? Ce dernier gagne tout le territoire, soutenu par une demande nationale. À Dijon, une librairie défie la crise en se spécialisant, tout comme le Comptoir du Rêve à Toulouse. Même dynamique à Lyon avec « Grimoires Romantiques », à Rouen, ou encore à Albi avec le concept hybride du Story Time Café.



Sociologie du lieu : « safe place » et objet totem


Alors, si le phénomène est natif et vit par le numérique, pourquoi vouloir un endroit physique ? La réponse est simple : la librairie offre ce que l’écran ne peut apporter, une « safe place », un espace dédié où les lectrices passionnées par le genre peuvent se rencontrer, discuter autour des tropes de leur livre préféré, tout en échappant au jugement souvent porté sur la lecture sentimentale.


Aussi, la Romantasy a, contre toute attente, ressuscité le livre-objet. Portée par des auteures stars comme Sarah J. Maas, la tendance est aux éditions collectors. Cela passe par ce qui s'appelle le jaspage (tranches illustrées), qui transforme le livre en objet collector de décoration. Ainsi, pour choisir son exemplaire, la visite en librairie devient indispensable.



Le défi des bibliothèques


Pour les bibliothèques, difficile d’ignorer ce genre, souvent suggéré par les lecteurs ; elles doivent donc faire face à un défi de taille : repenser leur rayonnage. Comme le soutiennent les analyses de l’ENSSIB et le BBF, l’intégration des œuvres issues du web reste complexe . Le classement pose problème : la classification Dewey peine à ranger ces œuvres hybrides. Faut-il les classer en fantasy ou en romance ? Nombreux sont les établissements qui optent pour des pôles « AJA », Ados-Jeunes Adultes décloisonnés.

Aussi, un autre obstacle est à prendre en considération, mais cette fois-ci juridique. Le terme « New Romance » est dorénavant une marque déposée à l’INPI par Hugo Publishing. Ainsi, les bibliothécaires doivent ruser avec la signalétique, et ce afin de ne pas enfreindre la neutralité du service public en affichant ouvertement une marque commerciale sur leurs murs.



La barrière de la langue : le facteur TikTok


Enfin, le succès de ces lieux repose sur la maîtrise d'un langage codifié. Propulsée par TikTok, la romantasy possède son propre jargon (tropes, spicy, slow burn, cinnamon roll hero…). Pour pouvoir répondre à la demande, certains libraires ont fait le choix d’employer des passionnés de romantasy pour qui les tropes n’ont pas de secret. Ainsi, ils parviennent à créer un lien de confiance immédiat avec un jeune lectorat qui ne se sentait plus compris dans les lieux culturels traditionnels.



Les lectrices de romantasy développent de nouvelles pratiques de lecture et un nouveau rapport au livre-objet. Certaines font des annotations ou même de la reliure (bookbinding). Elles transforment ainsi leur livre en objet d'art, ce qui augmente sa valeur marchande, comme on peut le voir sur des plateformes comme Etsy ou Ebay.   © ramintastudionook (Instagram)




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