D'où vient la romantasy?

Si de nombreuses autrices françaises de romantasy existent aujourd’hui (et s’exportent même jusqu’aux Etats-Unis!), pour retracer les origines de la romantasy, il convient mieux d’aller outre-atlantique. Ainsi, au XXè siècle, la littérature anglophone distingue peu à peu high fantasy et low fantasy. Dans le premier, le récit est situé dans un monde, créé de toute pièce, que le – ou les – héros, généralement masculin, tente de sauver d’une menace de grande envergure, par ses faits d’armes et ses aventures. Le second se rapproche beaucoup plus du fantastique à la française, où la magie fait irruption dans un monde semblable au nôtre, où les enjeux ont un impact moins étendu, plus intime. C’est dans cette branche que se développe l’urban fantasy, qui se caractérise par un contexte quotidien, urbain et contemporain incluant des créatures et des faits surnaturels. Cela correspond aux romans de Stephen King et Anne Rice, dans les années quatre-vingt. C’est dans ce sous-groupe que l’on retrouve traditionnellement la romance, sous l’étiquette paranormal romance, qui désigne des histoires d’amour qui incluent des éléments surnaturels: fantômes, métamorphes, pouvoirs surnaturels, sauts dans le temps… Ce genre s’est précisé encore un peu plus en France avec la bit-lit, la romance liée exclusivement aux vampires, portée dès 2008 par les éditions Bragelonne au sein du label Milady, surfant sur les succès de Twilight, Mortal Instruments, Southern Vampire Mysteries et de séries télévisées telles que Buffy contre les vampires ou Teen Wolf. Comme en témoignent tous les sous-genres qui en ont découlé, la séparation entre low et high fantasy est assez ferme, et recoupe également une barrière de genre, les auteurs de high fantasy étant majoritairement des hommes. Jennifer Armentrout, autrice phare ayant publié des dizaines de romantasys depuis les années 2010, résume ainsi la situation de l’époque, en interview : “For the longest of time, a book was not called fantasy if it contained romantic elements. Instead, it was paranormal.” (“Pendant très longtemps, un livre n’était pas considéré comme fantasy si il incluait des éléments ayant trait à la romance. Au lieu de ça, il était paranormal.”)
En parallèle, dans les années 2000, le boom de la littérature jeunesse (young adult), soutenu par le succès d’Harry Potter, fait bouger un peu les lignes éditoriales, permettant l’inclusion de personnages féminins forts au sein de mondes merveilleux (high fantasy), comme en témoigne les oeuvres de Pierre Bottero et d’Eoin Colfer. Ce mouvement va se poursuivre jusqu’aux années 2010, avec les adaptations cinématographiques des livres Hunger Games et Divergente. En 2009, Saint Martin’s Press lance son appel à texte fondateur du genre new adult ; constatant que la majorité du lectorat de la young adult est constitué d’adultes, il s’agit de leur proposer le même type de textes, mais en incluant des problématiques touchant davantage les jeunes adultes: université, premiers emplois, premières relations longues... Dans le même temps, se déclenche le mouvement me too, libérant davantage la parole des femmes via-à-vis de leur sexualité. De plus en plus d’autrices en ligne ont recours à l’auto-publication pour publier des textes appartenant au genre de la romance, dont le succès est rapidement repris par les éditeurs. Il s’agit là de livres tels que Cinquante Nuances de grey et Beautiful Bastard, où la présence de scènes explicites à destination d’un public féminin choque, fascine et vend tout autant. Un peu désemparés au départ, ne sachant dans quelles catégories classer ces nouveaux écrits à succès, les éditeurs finissent par les rattacher à la new adult, par le biais d’une nouvelle étiquette, la new romance, marque déposée par Hugo Publishing en France. En 2017, une nouvelle barre est franchie avec la publication française du tome 1 de Un Palais d’épines et de roses, une new romance répondant aux critères de la high fantasy: univers créé de toute pièce, histoire impliquant des personnages royaux et dont l’enjeu est bien la survie de ce monde. Plutôt que de l’inclure dans une catégorie préexistante, les éditeurs parachèvent la création d’un genre: celui de la romantasy.
Brouillant et jouant avec les limites entre les genres, en particulier entre high et low fantasy, la romantasy dérange par la manière dont elle existe et flamboie entre les lignes, créant sa propre catégorie faute d’être acceptée dans l’existant ; à la fois en new adult et en young adult, par son intérêt pour le quotidien et le romantique, elle inclut donc des aspects historiquement liés à la low fantasy dans un contexte de high fantasy. Certains jeunes chercheurs y voient le symbole d’un besoin d’évasion passant par une réécriture contemporaine de la romance chevaleresque du Moyen-âge, qui permettait la fusion de l’aventure et du romantique, dans les ballades de Tristan et Iseult ou de Chrétien de Troye.
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